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Gutenberg et la genèse de l’imprimerie

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Gutenberg et la genèse de l’imprimerie

Ecrit par Olivier Deloignon

Johann Gensfleich zu Laden zum Gutenberg et la genèse de l’imprimerie occidentale ou comment « l’imprimerie fut conçue à Strasbourg… »Ecrit par Olivier Deloignon – membre de l’Espace Européen Gutenberg-Gutenberg

Fils de patriciens de Mayence négociants en drap, Johann Gensfleich est né vers 1399. Il est appelé Gutenberg du nom d’une maison que possédait sa famille, Zum guten Bergen. Il a probablement été très tôt en contact avec le monde et les techniques de l’orfèvrerie sans forcément devenir orfèvre lui-même, bien que nous ignorions par ailleurs quelles études il a suivies précisément. Il est exilé de la ville avec les autres patriciens lors des troubles politiques et sociaux de 1429. On le retrouve à Strasbourg entre 1434 et 1444.

En 1436, il s’associe avec un strasbourgeois, Andreas Dritzehn, auquel il s’engage à apprendre à polir des pierres précieuses. Une seconde association, en mars 1438 le lie au bailli Hans Riffe puis à nouveau à Andréa Dritzehn et au frère du doyen de Saint-Pierre-le-Jeune, Andreas Heilmann. Tous quatre se lancent alors dans la production d’objets en séries, des « Spiegel »  (miroirs) destinés notamment aux pèlerins d’Aix la Chapelle, pèlerinage septennal que les associés pensent à tort voir se dérouler de mars à novembre 1439 et pendant lequel une grande quantité de ces objets est écoulée. Ces « miroirs » sont destinés à capter plus de lumière bénéfique émanant des reliques saintes et de permettre aux fidèles de bénéficier ainsi de plus grands bienfaits, le miroir chargé de l’émanation est cousu sur le chapeau des pèlerins en effigie et rapporté à la maison comme porte-bonheur.

Les miroirs se présentent sous la forme d’une plaquette présentant une scène estampée dont une partie est incrustée d’un petit miroir en métal poli à la manière d’un cabochon. Il est possible que Gutenberg imagine un estampage de ces « miroirs » au lieu du traditionnel coulage dans des moules en sable afin de mécaniser la production ce qui semble être sa principale préoccupation. Il semblerait que les miroirs de Gutenberg étaient fabriqués à partir d’un mélange métallique de plomb, d’étain et de cuivre avec peut-être de l’antimoine servant à durcir le mélange de métaux précédents. Il fait montre à cette occasion d’une particulière connaissance de l’actualité des recherches dans l’art subtil du mélange des métaux. En réalité, le pèlerinage n’a lieu qu’en 1440 et les associés doivent se reconvertir afin de patienter jusqu’à la vente de leur production.

Dès 1436 Gutenberg a acheté à un orfèvre de Francfort, Hans Dünne, des techniques liées à l’art de l’impression (estampage ? pressage ? « alleine daz czu den trucken gehöret ») pour la somme très importante de 100 florins. Ses associés strasbourgeois, en déshérence après l’association malheureuse de 1438 demandent à être partie prenante de ces nouveaux « künste und afentur » que Gutenberg a développé dans le plus grand secret à l’insu de tous dans son domicile du quartier Saint-Arbogast entre la Montagne Verte, le Gliesberg et l’Elsau hors l’enceinte de la ville. Cette troisième opération est la plus mystérieuse, Gutenberg et ses associés semblent particulièrement méticuleux à cacher le but et les moyens de leurs recherches.

Une nouvelle association débute à la fin de l’été 1438, elle est de courte durée puisque la mort de l’associé de la première heure, Andreas Dritzehn, à la Saint Etienne 1438 suite à la peste en provenance d’Italie l’interrompt. Gutenberg recommande dès l’annonce du décès à Claus Dritzehn, le frère et héritier d’Andreas, de ne montrer à personne la presse qui se trouve installée chez feu son frère. Malade, Gutenberg demande à son serviteur Lorentz Beildeck d’ouvrir cette presse au moyen de deux vis et de séparer une série de quatre pièces qui se trouvent à l’intérieur, afin que personne ne puisse comprendre à quoi elle est destinée. Andreas Heilmann, un autre associé envoie le menuisier Sasbach qui a construit la presse pour faire de même. Le secret des recherches menées semble tenir à cœur les différents protagonistes.

Les deux frères d’Andreas Dritzehn, Jörge et Claus, demandent à Gutenberg le droit de succéder au défunt et donc d’être partie prenante dans les bénéfices escomptés à l’encontre d’une clause du contrat d’association prévoyant une simple indemnité aux descendants. Gutenberg refuse et l’affaire est portée devant le Conseil de Strasbourg. Les pièces de ce procès de 1439 nous sont parvenues en partie. Six copies de fragments demeurent, les originaux ayant été détruits. La sentence du tribunal a brûlée le 12 novembre 1793, le reste du procès a été détruit lors du siège de Strasbourg en 1870. La sentence du procès de 1439 reconnaît à Gutenberg son bon droit et l’enjoint de payer la simple indemnité prévue sans autre contrepartie.

Gutenberg poursuit ses recherches dans la plus grande discrétion. Les informations sont plus que lacunaires pour la période 1439 à 1444. On peut toutefois aisément imaginer qu’il reprend la fabrication de ses miroirs pour le pèlerinage d’Aix en 1440, ce qui lui permet un gain d’argent rapide et important. Mais quid de la période suivante ? Différents indices amènent les spécialistes à envisager que Gutenberg s’est attelé à la mise au point de la reproduction de livres à partir des techniques métallographiques déjà employées lors de l’ « affaire des miroirs ».

Nous savons que Jörge Dritzehn reçut de la succession de son frère des livres « grands et petits » qui étaient entreposés à côté de la presse. On est en droit de penser que Gutenberg œuvrait déjà à la reproduction mécanique d’ouvrages lors de son association de 1438 brutalement interrompue. A fortiori, le procès nous apprend que Gutenberg travaillait avec du plomb, une presse, un outil de taille et ces fameux livres, objets typiques dans l’atelier des prototypographes.

Force est de constater que nous ne connaissons pas d’impressions datant de cette époque, soit qu’elles n’ont jamais existées, soit qu’elles n’ont pas été diffusées. Pourtant, les premiers imprimés que nous possédons sont bien trop aboutis pour être de simples « coups d’essai ». C’est pourquoi l’hypothèse qui envisage la poursuite des recherches de Gutenberg durant la période 1439 – 1444 à Strasbourg en vue de la préparation des outils et de la mise au point définitive de l’imprimerie est aujourd’hui prépondérante. Gutenberg conçoit et met au point l’imprimerie à Strasbourg mais elle naît à Mayence entre 1448 et 1454.

Gutenberg quitte Strasbourg entre 1444 et 1448. Nous ne disposons d’aucune information à son propos pendant ce laps de temps. On retrouve sa trace en 1448, date à laquelle il est de retour à Mayence. Il y contracte un important emprunt auprès de Johann Fust, banquier lié au commerce nurembergeois, afin de « parfaire son matériel ». Vers 1452 il s’associe avec Fust pour une entreprise commune, comportant des achats de parchemin, de papier et d’encre, « das Werck der Bücher », l’œuvre des livres. Tous les spécialistes s’accordent à estimer que cette œuvre qu’il entame alors est la célèbre Bible à 42 lignes, un in-folio dont chaque page comprend 2 colonnes de 42 lignes, considéré comme le premier livre important imprimé avec des caractères mobiles dans le monde occidental, cette Bible est probablement achevée fin 1455.

Néanmoins, elle n’apparaît pas ex-nihilo, d’autres impressions antérieures nous sont connues, vestiges précédant de plusieurs années la première pièce datable assurément, l’Indulgence dite de Chypre à 31 lignes dont les exemplaires sont distribués dès octobre 1454. Tel est le cas des fragments du Sibyllenbuch qui est probablement la plus ancienne pièce imprimée qui nous soit parvenue, datée de 1452 – 1453. Quelques morceaux épars de 24 éditions différentes de la grammaire latine d’Aelius Donat (le maître de saint-Jérôme) dont la plus précoce date du début des années 1450 et la plus tardive de 1460 nous sont également connues ; un Kalendar,calendriercomprenant une table planétaire astronomiqueprésentant la position des planètes pour les années 1448 et 1467 reste d’un feuillet de grande taille destiné à l’interprétation astrologique fait aussi partie de ces proto-imprimés.

Toutes ces pièces sont composées dans un caractère similaire nommé par les spécialistes DK-typeabréviation de Donat, Kalender Type. Ces caractères typographiques sont employés par Gutenberg jusqu’à ce que Peter Schoeffer dessine une nouvelle police pour la B42. L’usage du DK typeconstitue la signature de Gutenberg et de son atelier, c’est d’ailleurs l’apparition de deux éditions différentes d’indulgences composées l’une en DK type et l’autre en caractères de la B42 qui expliquerait la brouille suivie d’un procès entre Gutenberg et Fust en 1455. Certains ont vu dans cet usage concomitant des deux alphabets la preuve que Gutenberg poursuivait une activité d’imprimeur pour son propre compte et la raison de la brouille avec Fust qui l’aurait accusé d’avoir détourné une partie des fonds communs pour ses productions personnelles. L’issue du procès ne nous est pas connue mais les deux associés se séparent et poursuivent une production très différente.

Johann Fust associé à Peter Schoeffer, le calligraphe issu du monde du manuscrit et son futur gendre éditent plusieurs livres de grand format, ornés d’initiales à décor filigrané imprimées en rouge et bleu à l’exemple du Psautier de Mayence. Les éditions luxueuses et magnifiquement préparées et imprimées qui sont issues de l’association entre Schoeffer et Fust qui suit la brouille avec Gutenberg sont toutes inspirées par de superbes manuscrits contemporains. L’influence de Peter Schoeffer dans la recherche qualitative, tant au niveau du dessin des lettres que dans celui de l’esthétique des livres a été soulignée, Fust étant le financier de l’opération, Schoeffer l’artiste.

Gutenberg au contraire continue de publier des livres populaires, un Calendrier des saignées, uneBulle contre les Turcs et d’autres ouvrages qui utilisent des variantes du DK Type dont le jugement du procès de 1455 dont nous ne possédons plus ni les attendus ni les conclusions lui a peut-être laissé l’usage exclusif. Ces ouvrages de qualité médiocre laissent à penser qu’il n’a guère accordé d’importance à l’esthétique du livre et de l’imprimé, se focalisant sur les potentialités de reproduction et de diffusion du nouvel art. Le 17 janvier 1465, Gutenberg devient membre de la suite de l’archevêque de Mayence pour services rendus, ce qui lui assure une pension. Il meurt avant le 26 février 1468, enterré dans la cathédrale Saint-François de Mayence l’emplacement de sa tombe est perdu. Si les localisations et la chronologie relative des diverses étapes de l’invention semblent à peu près certaines, reste une inconnue de taille : mais qu’a réellement inventé Gutenberg ?

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