Johanes Gutenberg

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Gutenberg Jean

Inventeur de l'imprimerie (c.1400-1468)

Biographie

Éléments de biographie (C. Couderc, la Grande Encyclopédie)
«Jean ou Hans (Henn, Henchin, Hengin) Gensfleisch, dit Gutenberg, naquit à Mayence, à une date qu'on ne connaît pas, mais qui doit être très voisine de 1400. Il était le fils de Friele Gensfleisch et de Else (diminutif d'Elise) de Gutenberg. On ne sait pas pourquoi le nom de Gutenberg lui a été donné de préférence à celui de Gensfleisch. Ce serait, d'après A. Bernard, à cause d'une maison sise à Mayence et ainsi appelée que sa mère avait reçue en dot. On n'a aucun renseignement ni sur ses premières années, ni sur son éducation. En 1420, il se vit forcé d'émigrer, à la suite de troubles dont le parti populaire sortit vainqueur. Gutenberg appartenait, en effet, à une famille patricienne. On suppose qu'il se retira à Strasbourg, mais on n'en a pas la preuve. Il ne parait pas avoir profité de l'amnistie que l'électeur Conrad III lui accorda, le 28 mars 1434, ainsi qu'à quelques-uns de ses compatriotes qui avaient suivi son exemple. Sa présence à Strasbourg n'est sûrement constatée qu'en 1434. II y fait arrêter, en effet, le greffier communal (Stadschreiber) de Mayence, parce que les magistrats municipaux de cette ville refusaient de lui payer certaines rentes ou ne répondaient pas à ses demandes.

En 1439, Gutenberg eut à soutenir un procès qui présente le plus grand intérêt, parce que c'est à son occasion que furent donnés sur ses recherches et ses travaux les premiers renseignements que nous possédions. Les pièces de ce procès sont en patois alsacien. Leur authenticité a été contestée, à tort, semble-t-il. Elles ont été découvertes par Schœpflin qui les a publiées dans sesVindiciae typographicae (Strasbourg, 1760, in-4). On les a depuis réimprimées et traduites plusieurs fois. Nous signalerons, en particulier, l'édition, avec traduction en regard, qui en a été donnée par M. Léon de Laborde, dans son étude sur les Débuts de l'imprimerie à Strasbourg (Paris, 1840, in-8). On y apprend que Gutenberg conclut un jour, avec Hans Rifle, maire d'une petite ville voisine de Strasbourg, un traité pour l'exploitation de procédés secrets. Il se réservait les deux tiers des profits et laissait l'autre tiers à son bailleur de fonds. Un peu plus tard, André Dritzehen et André Heilmann demandèrent à entrer dans la société. Gutenberg y consentit et signa, au commencement de 1438, un nouveau contrat d'après lequel les profits devaient être partagés en quatre parts. Il se réservait deux parts pour son compte, en accordait une à Riffe et partageait la dernière entre les deux nouveaux associés. Ces derniers s'engageaient à faire un premier versement de 80 florins qu'ils devaient renouveler peu de temps après. Cette association ne fut pas de longue durée. Deux circonstances en amenèrent la dissolution. D'abord ils l'avaient formée, en vue de l'exploitation de leur secret, à l'occasion de la foire d'Aix-la-Chapelle, qui devait avoir lieu en 1439; et ils avaient à peine commencé leur travail qu'ils apprenaient la remise de cette foire à l'année suivante. En second lieu, André Dritzehen et André Heilmann étant venus à Saint-Arbogaste, où travaillait Gutenberg, virent que celui-ci « leur avait caché plusieurs secrets, ce qui ne leur plut pas ». Ils rompirent alors leur société et en formèrent une nouvelle, après avoir exigé de Gutenberg qu'il ne leur «cachât aucun des secrets qu'il connaissait » (déposition de Stocker). Ils fixèrent, en outre, la quotité des versements que chacun d'eux devait opérer. André Dritzehen parait être celui des trois associés qui prêta à Gutenberg le concours le plus utile. Il ne put résister au surmenage qu'il s'imposa et mourut à la peine. Ses frères et héritiers demandèrent à lui succéder dans la société, mais Gutenberg refusa. Ils lui intentèrent alors un procès pour obtenir la restitution des sommes qu'André Dritzehen avait versées comme associé. Le tribunal se prononça contre eux, après avoir entendu plusieurs témoins aux dépositions desquels sont empruntés les renseignements qui précèdent. Malgré ce succès, la société ne parait pas avoir continué ses travaux. Il ne lui était déjà plus possible de profiter de la foire d'Aix-la-Chapelle. Gutenberg séjourna néanmoins à Strasbourg, pendant plusieurs années, mais on ne sait pas ce qu'il y fit.

Quelle conclusion faut-il maintenant tirer des témoignages produits au cours de ce procès? Quel était donc le secret que Gutenberg cachait avec tant de soin? Quels étaient les procédés nouveaux dont la foire d'Aix-la-Chapelle pouvait rendre l'exploitation utile? Est-ce bien d'imprimerie qu'il s'occupait et non pas d'une invention industrielle quelconque? Tous ceux qui ont étudié sans passion les pièces de ce procès se sont arrêtés à une conclusion affirmative. Elle est à peu près unanimement adoptée aujourd'hui. Il suffit pour se convaincre de rapprocher les déclarations faites par certains témoins. L'un d'eux (Laurent Beldeck), en effet, raconte qu'il fut envoyé par Gutenberg à Claus Dritzehen, l'un des deux frères d'André Dritzehen, pour lui recommander de « ne montrer à personne la presse (die Presse) qu'il avait sous sa garde », depuis la mort de ce dernier, et pour le prier, en outre, « d'aller à la presse et de l'ouvrir au moyen des deux vis, qu'alors les pièces se détacheraient les unes des autres », et qu'après cela « personne n'y pourrait rien voir ni comprendre ». Un autre (Antoine Heilmann) dit que Gutenberg fit un jour prendre par son valet, chez André Dritzehen « les formes (formen), afin qu'il put s'assurer qu'elles avaient été séparées ». L'orfèvre Flans Dünne déclare qu'il a gagné avec Gutenberg « près de 100 florins, seulement pour les choses qui appartiennent à l'impression(das zu dem trucken gehœret) ». Il est enfin parlé, dans la sentence, de l'achat fait par Dritzehen de « plomb et autres choses nécessaires au métier ». Bien qu'on ne puisse appliquer rigoureusement la terminologie typographique à l'interprétation de ces témoignages, ils nous paraissent prouver que, dès 1436, Gutenberg se servit ou chercha tout au moins à se servir de la presse pour l'impression.» (suite)

CAMILLE COUDERC, article «Imprimerie», La Grande Encyclopédie, Paris, 1885-1905


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